Artwork title : Regret fondamental
Peinture acrylique, encre de chine, craie grasse.
Carton entoilé, 55 X 46 cm
Personnage central hébété et sanguinolant de noirceur, muni d’un arc et d’un carquois. Visage bleu-poison de la mythologie shivaïte, expression de doute et de résignation. Des personnages aux silhouettes essentialisées apparaissent de part et d’autre, murmurant le drame. Le reste s’écaille, craquelle en puzzle. Une clé d’énigme évidente pend dans le néant.
C’est un portrait d’Arjuna, personnage proéminant de l’épopée indienne du Mahabharata, et notamment de la Bhagavad Gita, texte fondateur de la religion hindoue. Dans celui-ci, Arjuna, archer hors pair, entre dans une longue discussion avec Krishna, l’avatar du dieu Vishnou. La guerre parait inévitable entre le héros et ses frères. Il doute, il est question de fidélité à son lignage. Krishna veut le convaincre que les liens du sang ne peuvent prévaloir sur l’honneur. Il en va de l’équilibre de la balance cosmique.
Ce mythe me semble hautement politique aujourd’hui, à l’heure où l’Inde est reléguée au rang des autocraties. Les livres d’histoires ont tout simplement été réécris à la faveur de l’idéologie du nationalisme hindou, dans le troisième pays le plus peuplé de musulmans. Les événements d’Ayodhya dans les années 1990 ont cristallisé une fracture, une blessure qui n’a cessé de s’ouvrir jusqu’à devenir béante. Et jusqu’à propulser Narendra Modi au pouvoir.
Voici ce qu’Arjuna semble dire ici : L’Inde est une myriade de peuplades, d’ethnies. Mon sang coule, j’ai trahi les miens et l’honneur n’est plus qu’un rêve de frontière et de problème identitaire.
Un regret fondamental, fondamentaliste.
La peinture se veut naïve, aux traits proches de productions tribales indiennes. Les couleurs peu nuancées reflètent le kitsch des images populaires, supports courant de spiritualité par le darshan.