Malapel Mathilde France Mix Media

Elle apparait au détour d'un regard, sur le pilier d'un pont, un mur anodin, dans le flot du quotidien. Une sirène. Dans l'imaginaire collectif, un être à la fois envoûtant et redoutable de beauté. D'ailleurs Didier Colin, dans son Dictionnaire des symboles, des myhtes et des légendes explique : "lorsqu'une sirène surgit dans un rêve, c'est surtout à son chant et à ce qu'il symbolise qu'il faut être attentif: l'autosuggestion, l'envoutement, l'hypnose (...)Toutefois, la sirèene possède aussi un autre aspect, ambigu toujours mais beaucoup plus bénéfique et enchanteur"

La sirène est au centre de mon travail, elle n'est pas une divinité mais plutôt une divination. Elle plonge celui qui la découvre dans les profondeurs de ses propres sentiments, dans unevérité parfois trop grande pou être acceptée sans devenir fou. Cette sirène, souvent, c'est moi, dans la projection de mes émotions les plus brutes, les plus intimes, la joie, la peine, le regret, le désir.... C'est un cheminement vers l'affirmation de mon être, de ma féminité. Mais c'est aussi et surtout vous et votre rapport à vos états d'âmes, le danger de parfois s'y confronter.

L'ambiguité réside dans son exposition au grand public, au tout un chacun puisque je m'amuse à la coller dans les rues, sous un pont.... L'intime est ainsi révélé aux yeux de tous non par une explication définitive, mais par une pureté de sentiment. La sirène ouvre une porte vers l'intime de celui qui y plonge le regard. Chacun est alors face à ses propres désirs, fantasmes, émotions. Le temps d'un instant, car le choix du papier et sa condition éphémère renvoie aussi à la fragilité de la vie, la briéveté des émotions.

Elle n'a pas de visage, juste le détour d'un corps dans lequel chacun peut se projeter. Les couleurs sont sobres, simples comme une évidence. Seules des volutes de cheveux l'enveloppent, s'emmêlent comme le cheminement des pensées face à des révélations si intimes, les noeuds de la vie.

Ces sirènes sont exposées dans différents endroits de passage, au milieu d'autres oeuvres urbaines, entre deux eaux, sur des matières quelcomques comme le béton. Justement pour surprendre, comme quand nos pensées nous déroutent du quotidien? Elles apparaissent de manière aléatoire tant dans leur emplcement que dans la fréquence de leur apparition. C'est même devenu un jeu avec certains habitants, avides de se laisser envouter...

Dans cette oeuvre que je vous présente, la sirène chute, elle donne le vertige. Ses émotions auront eu raison d'elle, ses pensées noires la tire au plus bas. Le fond sur lequel elle est collée rappelle les oeuvres du street art qui m'inspirent, que je cherche au grès de mes promenades urbaines. Les couleurs vives contrastent volontairement avec son écroulement.